
Les eaux sombres sous la glace m'envahissent. Déjà mon corps s'est figé. Adieu, Pania, nous ne nous reverrons pas. Je suis parti pour toujours, tu dois me pardonner. Tu sais que je ne pouvais pas rester, n'est ce pas ? Tu comprends ? Je vous ai abandonnés, car je ne supportais plus de voir mourir nos enfants. Chez nous au village, je n'étais pas un homme, pas même un chien, à peine plus qu'une bête sauvage. Là-bas ils disaient que je valais moins que la merde des chevaux qu'ils me faisaient ramasser. Là-bas nous courbions l'échine avant le lever du soleil et jusqu'à la nuit noire, sans ramener de quoi nourrir nos petits. Combien en avons nous perdu, Pania ? Combien de ces enfants que tu as portés sont partis sans voir un printemps ? Je ne pouvais plus continuer, Pania, pardonne-moi. Je devais partir pour vivre, pour être un homme, pour être le plus grand des hommes. Le vent de la forêt t'a-t-il rapporté l'histoire de mon voyage ? L'éclat de mon nom a-t-il brillé jusqu'à notre village ?
Ici je suis devenu le maître, Pania ! Ici on m'a respecté et plus encore on m'a craint ! L'empereur Nicolas lui-même s'est prosterné devant moi. De sa bouche il a baisé mes bottes et de ses larmes il a mouillé ma barbe, quand la vie de son fils était entre mes mains. Tous ils se sont inclinés, quand la toute-puissance divine s'est manifesté par moi. Tous ces puissants qui s'élévent en abandonnant nos villages au froid et à la misère, ils se sont courbés comme des chiens devant moi ! Ils m'ont supplié, ils m'ont flatté, ils m'ont cajolé et moi je me suis bien moqué d'eux. J'ai mangé leur pain, j'ai pris leur or, j'ai couché avec leurs femmes et ils m'ont remercié encore. Je crache sur eux et sur leurs enfants.
Pourquoi Dieu m'a-til abandonné, Pania ? Il m'a ôté le pouvoir que j'avais, il m'a livré à mes ennemis et leur piège s'est refermé sur moi. Les chiens ont mordu leur maître. Ils m'ont empoisonné, ils m'ont battu et ils ont déchargé sur moi leurs pistolets encore et encore ; mais ils ne m'ont pas tué, non. Ils l'ont cru cependant. Ils ont livré mon corps à la Neva et elle m'emporte. Mon temps est fini. J'emplis mes poumons d'eau glacé, le vide me pénètre, je retourne au néant. Mon cœur a cessé de battre.
A présent que je m'éteins, arrive le feu sur la Sainte Russie ! Bientôt la couronne tombera et un nouvel ordre naîtra. Je n'ai plus rien à faire dans ce monde. Adieu, Pania, nous ne nous reverrons pas.
Il est lugubre ! Très réussi, donc ;)
RépondreSupprimerMerci beaucoup…
RépondreSupprimerUn bien joli Raspoutine qui me fait penser au Raspoutine qu'aurait pu être celui d'Hellboy si Mike Mignola avait fait de la bédé franco/belge.
RépondreSupprimerJoli travail en tout cas :)
Si on doit faire une comparaison… il est peut-être plus proche de celui d'Hugo Pratt, non ? Bon, après, si tous les Raspoutine de fiction se ressemble un peu, c'est surtout qu'ils sont tous basé sur les quelques photos du Raspoutine historique…
RépondreSupprimerMerci de ton passage et de ton comm', SyM!