Cher Ami,
Ma main tremble, alors que je saisis la plume, pour vous écrire. C’est une femme brisée qui s’adresse à vous, Archibald. Je place le peu d’espoir qu’il me reste à présent dans cette lettre. Dieu veuille qu’elle vous parvienne sans délai. Pourtant je ne sais comment écrire les terribles nouvelles que j’ai à vous annoncer. Le froid de ce début d’année rend glacials les murs de Winestone Manor et je voudrais m’abandonner à l’engourdissement qui me gagne et glisser vers la torpeur qui peut-être m’apporterait un oubli salvateur. Vous vous demandez certainement ce qui me met dans semblable état…
J’ai échoué, Archibald ! L’expédition que j’avais entreprise dans les Monts Virunga, à la recherche de notre fils, se solde par le plus retentissant des échecs. Pourrez-vous jamais me pardonner, mon époux ? non seulement je n’ai pas trouvé Arthur, mais j’ai perdu Eleonore ! Comment est-ce possible ? Comment ai-je pu laisser cela arriver ? Je ne me l’explique pas encore. Vous savez avec quelle ardeur j’ai désiré cette expédition. Vous n’ignorez pas que j’ai mis en œuvre tous les moyens que dispense notre situation. Mais tout cela ne m’a pas empêchée de laisser échapper votre fille chérie, dans des circonstances qui demeurent encore mystérieuses pour moi. Devant mon impuissance à retrouver un seul de nos enfants et craignant pour ma santé, notre ami le major Straighton m’a fait rapatrier contre ma volonté, à bord d’une goëlette affrétée par un négociant de thé.
Je vis à présent recluse dans ma chambre, si seule dans ce qui était, il y a peu encore, notre demeure familiale. Notre chère Agathe, toujours si dévouée, surveille mes allées et venues et semble craindre pour ma raison. Peut-être n’a-t-elle pas tort. Force m’est de constater que je suis perdue, moi aussi. Que pouvons-nous faire ? Où chercher nos enfants ? Étiez vous si sûr qu’Arthur ait choisi la route de l’Afrique ?
Je n’en puis plus… Je vous en prie, Archibald, si vous avez encore ne serait-ce qu’un peu de pitié – je n’oserai plus prétendre à votre affection – pour ma personne, rentrez sans tarder en Angleterre. Je ne sais quelle issue ont connu les recherches que vous avez menées de votre côté ; à vrai dire je n’y veux mettre aucun espoir, car je sens que je ne survivrais pas à une nouvelle déception. Quoi qu’il en soit, rentrez, ô mon époux, revenez-moi, ne me laissez pas seule avec ce chagrin si grand que je crains de m’y noyer. Je sais qu’il est des mots qu’on ne doit prononcer – et moins encore écrire – à la légère, mais… je suis si bouleversée, Archibald… Si cette solitude désespérée devait se prolonger encore… je pourrais bien faire une bêtise.
Rentrez, Archibald, je vous en supplie, je vous en conjure à genoux, rentrez pour l’amour du Ciel !
Votre funeste épouse,
Ma main tremble, alors que je saisis la plume, pour vous écrire. C’est une femme brisée qui s’adresse à vous, Archibald. Je place le peu d’espoir qu’il me reste à présent dans cette lettre. Dieu veuille qu’elle vous parvienne sans délai. Pourtant je ne sais comment écrire les terribles nouvelles que j’ai à vous annoncer. Le froid de ce début d’année rend glacials les murs de Winestone Manor et je voudrais m’abandonner à l’engourdissement qui me gagne et glisser vers la torpeur qui peut-être m’apporterait un oubli salvateur. Vous vous demandez certainement ce qui me met dans semblable état…
J’ai échoué, Archibald ! L’expédition que j’avais entreprise dans les Monts Virunga, à la recherche de notre fils, se solde par le plus retentissant des échecs. Pourrez-vous jamais me pardonner, mon époux ? non seulement je n’ai pas trouvé Arthur, mais j’ai perdu Eleonore ! Comment est-ce possible ? Comment ai-je pu laisser cela arriver ? Je ne me l’explique pas encore. Vous savez avec quelle ardeur j’ai désiré cette expédition. Vous n’ignorez pas que j’ai mis en œuvre tous les moyens que dispense notre situation. Mais tout cela ne m’a pas empêchée de laisser échapper votre fille chérie, dans des circonstances qui demeurent encore mystérieuses pour moi. Devant mon impuissance à retrouver un seul de nos enfants et craignant pour ma santé, notre ami le major Straighton m’a fait rapatrier contre ma volonté, à bord d’une goëlette affrétée par un négociant de thé.
Je vis à présent recluse dans ma chambre, si seule dans ce qui était, il y a peu encore, notre demeure familiale. Notre chère Agathe, toujours si dévouée, surveille mes allées et venues et semble craindre pour ma raison. Peut-être n’a-t-elle pas tort. Force m’est de constater que je suis perdue, moi aussi. Que pouvons-nous faire ? Où chercher nos enfants ? Étiez vous si sûr qu’Arthur ait choisi la route de l’Afrique ?
Je n’en puis plus… Je vous en prie, Archibald, si vous avez encore ne serait-ce qu’un peu de pitié – je n’oserai plus prétendre à votre affection – pour ma personne, rentrez sans tarder en Angleterre. Je ne sais quelle issue ont connu les recherches que vous avez menées de votre côté ; à vrai dire je n’y veux mettre aucun espoir, car je sens que je ne survivrais pas à une nouvelle déception. Quoi qu’il en soit, rentrez, ô mon époux, revenez-moi, ne me laissez pas seule avec ce chagrin si grand que je crains de m’y noyer. Je sais qu’il est des mots qu’on ne doit prononcer – et moins encore écrire – à la légère, mais… je suis si bouleversée, Archibald… Si cette solitude désespérée devait se prolonger encore… je pourrais bien faire une bêtise.
Rentrez, Archibald, je vous en supplie, je vous en conjure à genoux, rentrez pour l’amour du Ciel !
Votre funeste épouse,
Viviane Melesina Pembleton
À suivre…